Changé le: 22/06/2026
« 10 commandements » : pourquoi cette formule revient sans cesse quand on parle du mouvement rasta
Tapez « rastafarisme 10 commandements » dans Google : la requête fait partie des recherches les plus fréquentes des francophones qui s’intéressent à la culture rasta. On la trouve surtout chez les amateurs de reggae, chez les curieux de spiritualités non-européennes, parfois chez les lycéens qui découvrent Bob Marley. Et pourtant, peu de gens savent qu’il ne s’agit pas vraiment d’une liste figée, mais plutôt d’une lecture rasta du Décalogue biblique transmise oralement depuis les années 1930.
Le rastafarisme est né dans la Jamaïque coloniale britannique. Il a essaimé sur cinq continents, porté par la musique reggae et la figure de Bob Marley. La religion compte aujourd’hui entre 700 000 et un million d’adeptes déclarés, surtout dans les Caraïbes anglophones, en Éthiopie et dans la diaspora afro-descendante. Mais son influence culturelle dépasse de très loin ce noyau : on retrouve son vocabulaire et son esthétique dans la musique, le cinéma, la mode, et même dans le langage courant (« Jah », « Babylone », « I and I »). Cet article remonte aux figures fondatrices, déroule les principes de la religion, et explique pourquoi la nature éthique de ce mode de pensée a marqué la vie spirituelle d’une grande partie du monde moderne. Si la culture qui s’y rattache vous intéresse, vous pouvez aussi explorer le catalogue de Justbob, dédié au chanvre industriel européen.
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Origines du mouvement rastafari : de Marcus Garvey à Haïlé Sélassié
Les racines du rastafarisme plongent dans la pensée panafricaniste qui agitait les Caraïbes et la diaspora afro-américaine au début du XXe siècle. À Kingston, dans les années 1920, Marcus Garvey avait déjà rassemblé des milliers de fidèles autour d’un message simple : les descendants africains doivent retourner spirituellement et physiquement sur leur continent d’origine. Garvey, né à Saint Ann’s Bay en 1887, dirigeait l’Universal Negro Improvement Association (UNIA), première grande organisation panafricaine de l’histoire. Une parole prophétique lui est attribuée par les historiens du mouvement : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné. » Cette phrase, prononcée selon plusieurs sources au début des années 1920, allait marquer durablement les jamaïcains en quête d’identité.
L’événement attendu se produit le 2 novembre 1930, à Addis-Abeba. Ras Tafari Makonnen, un noble éthiopien de 38 ans, est couronné empereur sous le nom de Haïlé Sélassié Ier. Il prend trois titres bibliques d’une portée immense : « Roi des Rois », « Seigneur des Seigneurs » et « Lion conquérant de la tribu de Juda ». À Kingston, l’effet est immédiat. Pour les premiers rastas, cette coronation accomplit la prophétie. Haïlé Sélassié devient à leurs yeux la divinité incarnée, Jah Rastafari, descendant direct du roi Salomon et de la reine de Saba selon la tradition biblique éthiopienne. Le mouvement adoptera son nom d’origine, « Ras Tafari », qui signifie littéralement « prince à craindre » en amharique.
Plusieurs prédicateurs jamaïcains diffusent les nouvelles idées dans les années 1930 : Leonard Howell, Joseph Hibbert, Archibald Dunkley, Robert Hinds. Howell, en particulier, est considéré comme le premier « pasteur rasta » : il fonde la communauté de Pinnacle dans les collines de Saint Catherine en 1940, première organisation rastafarienne structurée. Les autorités coloniales britanniques de l’époque persécutent le mouvement et arrêtent à plusieurs reprises Howell, qui passera plusieurs années en prison. Ces épisodes ont nourri la conviction rasta selon laquelle l’État occidental, symboliquement appelé « Babylone », opprime systématiquement le peuple noir.
Une anecdote historique éclaire la dimension politique du mouvement. Le 21 avril 1966, Haïlé Sélassié visite officiellement la Jamaïque. Plus de cent mille personnes l’attendent à l’aéroport de Kingston. Cet événement, connu sous le nom de « Grounation Day », reste l’une des dates fondatrices du calendrier rasta, célébrée chaque année par les rastafariens du monde entier.
Les 10 commandements du rastafarisme : une lecture rasta du Décalogue biblique
L’expression « rastafarisme 10 commandements » désigne une lecture rasta du Décalogue biblique tel qu’il apparaît dans l’Exode (chapitre 20) et le Deutéronome (chapitre 5). Les rastafariens reconnaissent l’autorité spirituelle de la Bible King James, qu’ils considèrent comme un texte sacré à lire et méditer quotidiennement. Selon une formule rasta souvent citée, « un chapitre par jour tient le diable éloigné » : la lecture biblique fait partie intégrante du mode de vie rasta.
Voici la lecture rasta des dix commandements, telle qu’elle est transmise dans la tradition orale du mouvement :
- N’ayez pas d’autre dieu avant Jah : reconnaissance de Jah Rastafari comme divinité unique et suprême. La présence d’autres dieux est rejetée.
- Ne fabriquez pas d’images taillées : refus de l’idolâtrie matérielle, y compris dans les représentations religieuses occidentales.
- Tu ne prendras pas le nom du Seigneur en vain : respecter Jah dans la parole et le serment. Le nom du Seigneur est sacré.
- Souviens-toi du jour du sabbat et sanctifie-le : observance du sabbat comme jour de repos, de prière et de méditation biblique.
- Honore ta mère et ton père : respect dû aux ancêtres et à la lignée familiale, valeur centrale dans la spiritualité rasta.
- Tu ne commets pas de meurtre : interdiction absolue du meurtre, étendue dans la pratique rasta au refus de la guerre et de la violence systémique de Babylone.
- Tu ne commets pas d’adultère : fidélité conjugale et respect des engagements pris.
- Tu ne voles pas : honnêteté dans toutes les transactions matérielles et spirituelles.
- Tu ne portes pas faux témoignage : véracité absolue dans la parole et la communication.
- Tu ne convoites pas ce qui appartient à ton prochain : refus de l’avidité et du matérialisme, valeurs associées au système babylonien.
Ces dix principes ne sont pas codifiés dans un canon officiel et unique : il existe des variations selon les courants du mouvement (Bobo Shanti, Nyabinghi, Twelve Tribes of Israel). Tous convergent toutefois sur l’idée que le Décalogue biblique fournit le socle éthique du mouvement religieux, complété par la « Livity », terme rasta qui désigne l’ensemble des pratiques de vie : alimentation Ital naturelle, port des dreadlocks, refus du système oppressif.

Bob Marley : la diffusion mondiale du mouvement rasta
Bob Marley est sans doute la figure qui a le plus contribué à la diffusion mondiale du rastafarisme au cours du XXe siècle. Né en 1945 à Nine Mile en Jamaïque, mort en 1981 à Miami, le chanteur s’est converti au mouvement rasta à la fin des années 1960. À travers sa musique reggae, devenue le véhicule sonore du mouvement, Bob Marley a porté les valeurs de spiritualité, de paix, de résistance à l’oppression et d’unité africaine sur les scènes du monde entier.
Ses chansons les plus emblématiques (« Redemption Song », « Get Up Stand Up », « One Love », « Africa Unite », « War » fondée sur un discours de Haïlé Sélassié à l’ONU en 1963) intègrent directement le vocabulaire et les références bibliques propres aux rastas. Le concert « One Love Peace Concert » de Kingston en 1978, où Bob Marley réunit symboliquement sur scène les deux leaders politiques rivaux jamaïcains Michael Manley et Edward Seaga, reste un moment historique du mouvement social jamaïcain.
Au-delà de Bob Marley, d’autres artistes ont contribué à la diffusion : Peter Tosh, Bunny Wailer, Burning Spear, Jimmy Cliff, Toots Hibbert. La culture jamaïque du reggae devient ainsi le porte-voix du mouvement rasta auprès des nouvelles générations.
Marc Devauchelle, 41 ans, journaliste musical à Marseille, observe que la dimension spirituelle du reggae jamaïcain reste encore largement sous-estimée dans la lecture grand public : « Les textes de Marley sont en réalité un catéchisme rasta en musique, avec des références bibliques précises que peu d’auditeurs identifient. »
Le rastafarisme comme mode de vie : Ital, dreadlocks et Livity
Au-delà des dix commandements, le mouvement rastafari se définit par un ensemble de pratiques quotidiennes qui forment ce que les rastas appellent la « Livity » : une manière d’être au monde. Plusieurs éléments sont caractéristiques :
- L’alimentation Ital : régime naturel, majoritairement végétarien voire végan, sans aliments transformés, sans porc ni crustacés. La cuisine Ital privilégie les légumes, les fruits, les céréales et les épices, dans une logique de pureté corporelle.
- Les dreadlocks : coiffure caractéristique inspirée du vœu des Nazarites dans la Bible (Nombres, chapitre 6). Le rasta consacre ses cheveux à Jah en ne les coupant pas, symbole spirituel et identitaire fort.
- Le rejet de Babylone : refus symbolique du système politique, économique et culturel occidental considéré comme oppressif. Cette posture ne signifie pas un retrait du monde, mais une critique permanente des structures de pouvoir.
- Les « reasoning sessions » : réunions de discussion spirituelle où les rastas partagent leur lecture biblique, leurs réflexions sur l’actualité et leurs croyances religieuses, dans un cadre informel et collectif.
- Le langage rasta : un dialecte particulier (« I and I » pour « nous », « Babylone » pour le système, « Zion » pour la Terre promise africaine) qui exprime une spiritualité incarnée dans la parole.
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La place de la ganja dans la culture rastafari
L’usage rituel de la ganja (herbe sacrée, marijuana) occupe une place importante dans certains courants du rastafarisme, mais elle ne définit pas l’identité religieuse globale du mouvement. Pour les rastas qui l’utilisent, la ganja est considérée comme une « sainte herbe » mentionnée dans certains passages bibliques (notamment la « green herb » de la Genèse), employée dans un cadre spirituel et méditatif, jamais comme produit de consommation récréative.
Plusieurs courants du mouvement rastafari n’autorisent pas du tout l’usage de la ganja ou en limitent strictement la pratique. La culture rasta est en réalité diverse, avec des sensibilités différentes selon les communautés. Cette diversité est rarement reconnue dans les représentations grand public, qui réduisent souvent le rastafarisme à un cliché visuel et musical. Pour un panorama plus complet de la culture autour du chanvre et de ses formes communautaires en Europe, vous pouvez consulter notre dossier sur les cannabis social clubs et leur héritage juridique.
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Le rastafarisme aujourd’hui : entre tradition et évolution mondiale
Aujourd’hui, le rastafarisme est présent dans la plupart des pays du monde, avec une concentration historique en Jamaïque, dans les Caraïbes anglophones, en Éthiopie et dans la diaspora afro-descendante d’Europe et d’Amérique du Nord. Les estimations de l’Encyclopædia Britannica font état de plusieurs centaines de milliers d’adeptes déclarés, sans compter une influence culturelle bien plus large via le reggae et l’esthétique afro-caribéenne.
Plusieurs courants structurent le mouvement contemporain :
- Les Nyabinghi : ordre le plus ancien et le plus orthodoxe, mettant l’accent sur la lecture biblique et les cérémonies traditionnelles.
- Les Bobo Shanti : courant fondé par Charles Edwards dans les années 1950, plus rigoriste sur les questions d’observance.
- Les Twelve Tribes of Israel : courant fondé en 1968 par Vernon Carrington, ouvert sur l’extérieur et populaire chez les artistes (Bob Marley en faisait partie).
Le rôle social et culturel du mouvement reste considérable. En 1996, l’Université des Indes occidentales (Mona Campus, Jamaïque) a créé un programme académique consacré aux études rastafariennes, signe de la reconnaissance institutionnelle progressive du mouvement. Plusieurs autres universités dans le monde anglo-saxon proposent désormais des cursus sur l’histoire et la spiritualité rasta.
Pour tout lecteur intéressé par cette tradition, la rencontre avec la culture rasta ne se limite pas à la musique : elle passe aussi par la lecture des textes fondateurs (Bible King James, écrits de Marcus Garvey, discours de Haïlé Sélassié à l’ONU et à la Société des Nations), la fréquentation des « reasoning sessions » dans les communautés actives, et l’étude de l’histoire panafricaine du XXe siècle.
Questions fréquentes sur le rastafarisme et ses 10 commandements
Qu’est-ce que le rastafarisme exactement ?
Le rastafarisme est un mouvement religieux et culturel né en Jamaïque dans les années 1930. Il considère Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie couronné en 1930, comme la divinité incarnée (Jah Rastafari). Le mouvement combine une lecture biblique propre, des principes éthiques inspirés du Décalogue, un mode de vie naturel appelé Livity (alimentation Ital, dreadlocks, refus du système babylonien), et une dimension panafricaine fortement marquée par l’héritage de Marcus Garvey. Bob Marley a contribué à le faire connaître mondialement à partir des années 1970 via la musique reggae.
Quels sont les 10 commandements du rastafarisme ?
Les rastafariens reprennent les dix commandements bibliques (Exode chapitre 20, Deutéronome chapitre 5) en les intégrant à leur lecture rasta : n’avoir pas d’autre dieu avant Jah, ne pas fabriquer d’images taillées, ne pas prendre le nom du Seigneur en vain, souvenir du sabbat et sanctification, honorer père et mère, ne pas commettre de meurtre, ne pas commettre d’adultère, ne pas voler, ne pas porter faux témoignage, ne pas convoiter. Ces principes ne sont pas codifiés dans un canon officiel unique, mais constituent le socle éthique commun aux différents courants du mouvement (Nyabinghi, Bobo Shanti, Twelve Tribes of Israel).
Quel est le rôle de Marcus Garvey dans le rastafarisme ?
Marcus Garvey, leader panafricaniste jamaïcain (1887-1940), est considéré comme l’un des prophètes fondateurs du mouvement. Il prêchait le retour spirituel et physique de la diaspora africaine vers l’Afrique, et aurait annoncé la venue d’un roi noir couronné en Afrique. Cette prophétie a trouvé sa réalisation aux yeux des premiers rastas avec le couronnement de Haïlé Sélassié Ier en 1930. Garvey est aussi le fondateur de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA), première grande organisation panafricaine du XXe siècle, dont l’influence dépasse de loin le seul mouvement rastafari.
Pourquoi les rastas portent-ils des dreadlocks ?
Les dreadlocks sont une coiffure inspirée du vœu des Nazarites mentionné dans la Bible (Nombres chapitre 6), selon lequel un consacré à Dieu ne devait pas se couper les cheveux. Pour les rastafariens, les dreadlocks symbolisent l’engagement spirituel envers Jah, la fidélité à la lignée afro-caribéenne et le rejet des normes esthétiques occidentales associées à Babylone. Au-delà du symbole religieux, les dreadlocks sont devenues un marqueur identitaire reconnu mondialement, popularisé notamment par Bob Marley dans les années 1970.
Quel est le rapport entre rastafarisme et reggae ?
Le reggae est né en Jamaïque à la fin des années 1960, à partir des styles musicaux ska et rocksteady. Très rapidement, plusieurs artistes rastas ont fait du reggae le véhicule sonore de leur message spirituel et politique. Bob Marley, Peter Tosh, Bunny Wailer, Burning Spear et beaucoup d’autres ont diffusé les principes du mouvement à travers leurs chansons. Le concert « One Love Peace Concert » de Kingston en 1978, où Bob Marley a réuni symboliquement sur scène les leaders politiques rivaux jamaïcains, reste l’un des moments emblématiques de cette alliance entre musique reggae et culture rasta.








