Publié le: 24/10/2026
Cherry Pie : ce qu’une généalogie de catalogue permet vraiment de retracer
La variété connue sous le nom de Cherry Pie weed occupe une position particulière dans les généalogies publiées : elle y figure à la fois comme descendante de deux lignées connues et comme parente d’une troisième. C’est un cas commode pour examiner ce que ces filiations disent, et ce qu’elles ne disent pas.
Riche en THC, cette lignée n’a pas d’équivalent au catalogue Justbob. Le sujet des lignes qui suivent est une filiation, retracée comme on retrace celle d’une plante cultivée ; le cadre légal français est traité en fin d’article.
Une lignée au milieu d’une chaîne
Les fiches de sélection présentent cette lignée comme issue du croisement entre une Granddaddy Purple et une Durban Poison. Elles la donnent ensuite comme parent de la Forbidden Fruit, obtenue en la croisant avec une Tangie.
Trois générations se suivent donc dans le récit publié : deux grands-parents, une lignée intermédiaire, une descendante. C’est une chaîne courte, et pourtant elle suffit à faire apparaître le problème.
L’intérêt du cas tient à cette position centrale. Une lignée située en bout de chaîne ne permet de regarder que vers l’amont ; celle-ci se laisse examiner dans les deux sens, ce qui rend visible la façon dont l’information se propage d’une génération à l’autre.
Les deux grands-parents déclarés viennent d’horizons très différents : une sélection nord-américaine d’un côté, une population sud-africaine de l’autre. Sur le papier, la distance entre les deux renforce le récit ; en pratique, elle ne le rend pas plus vérifiable.
Chaque maillon de cette chaîne repose sur une déclaration, jamais sur un document opposable. Aucune des cinq dénominations citées ne correspond à une variété inscrite dans un registre officiel.
Ce que le nom des parents indique
Nommer deux parents est une information utile, mais elle est d’une nature particulière : elle renseigne sur ce que l’obtenteur dit avoir fait, pas sur ce qui se trouve dans la plante.
La distinction paraît formelle. Elle ne l’est pas, parce que rien n’oblige à conserver un témoin du croisement, ni à le rendre vérifiable ensuite.
Il faut y ajouter le temps. Un nom qui circule pendant quinze ans passe entre les mains de dizaines d’intervenants, dont chacun multiplie son propre matériel et le transmet à son tour.
À l’arrivée, la dénomination désigne moins un matériel précis qu’une famille de matériels qui se réclament d’une même origine. C’est déjà vrai pour un croisement bien documenté ; ce l’est davantage quand rien ne l’est.
| Information | Ce qu’elle établit | Ce qu’elle n’établit pas |
|---|---|---|
| Nom des deux parents | L’intention déclarée du sélectionneur | La composition de la plante vendue |
| Année annoncée | Un repère chronologique du récit | Une antériorité démontrable |
| Analyse de lot (cannabinoïdes) | La composition d’un lot précis | L’ascendance de ce lot |
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Pourquoi l’incertitude s’accumule à chaque génération
Une chaîne généalogique ne s’additionne pas comme une suite d’informations : chaque maillon non vérifié y ajoute un point où l’information peut se perdre.
Si l’identité du premier maillon n’est pas établie, celle du deuxième ne peut pas l’être davantage. La descendante hérite de l’incertitude portant sur ses deux parents, plus celle qui porte sur le croisement lui-même.
Une généalogie longue n’est donc pas plus solide qu’une généalogie courte du seul fait de sa longueur. Tout dépend de ce qui est documenté à chaque étape : une chaîne dont chacune est attestée reste fiable, quelle que soit sa profondeur.
L’intuition contraire est pourtant répandue. Une filiation détaillée sur quatre ou cinq générations paraît plus sérieuse qu’une simple mention de deux parents, alors qu’elle ajoute surtout des étapes à vérifier.
Ce qui se transmet et ce qui se recompose
Sur le plan botanique, une descendance ne reçoit pas un mélange moyen de ses deux parents. Elle reçoit une combinaison propre à chaque graine, issue de la ségrégation et de la recombinaison des variants parentaux.
Deux plantes sœurs, issues du même croisement, peuvent donc différer nettement. C’est la raison pour laquelle un sélectionneur observe une population entière avant de retenir quoi que ce soit.
Cette observation a une conséquence directe sur la lecture des généalogies. Dire qu’une lignée descend de deux parents ne permet pas d’en déduire ses caractères, même quand la filiation est exacte.
Certains caractères visibles échappent d’ailleurs largement à cette lecture, parce qu’ils dépendent autant des conditions de culture que de l’ascendance : c’est notamment le cas des colorations, sujet traité à part.
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Comment on établit vraiment une filiation
Les outils existent, et ils ne passent pas par les fiches. Une étude publiée en 2021 dans la revue Plants a développé et testé des marqueurs moléculaires destinés à distinguer les variétés de chanvre et à déterminer le sexe des plantes.
Le principe est celui d’une empreinte : on lit des régions choisies du génome, et la combinaison obtenue caractérise le matériel examiné. Deux échantillons portant le même nom peuvent alors être comparés objectivement.
Cette comparaison a toutefois une limite qu’il faut énoncer : une empreinte dit si deux échantillons se ressemblent, et à quel degré, mais elle ne restitue pas à elle seule une généalogie.
Pour confirmer qu’une plante descend de deux parents donnés, il faut normalement disposer de ces parents ou de leur profil conservé. En leur absence, l’analyse peut établir des affinités et écarter des hypothèses, mais elle confirme difficilement le croisement précis qui est annoncé.
C’est ce type de méthode que suppose une vérification d’ascendance. Rien de tel n’accompagne les dénominations commerciales, où l’information circule sous forme de texte.
L’écart entre les deux mondes est frappant. D’un côté, un dispositif construit pour être contredit par l’expérience ; de l’autre, un récit qui se transmet parce que personne n’a de raison de le mettre en doute.
Cet écart n’a rien d’un procès d’intention. Il tient au cadre : les analyses de ce type coûtent cher et n’ont d’utilité que si un référentiel existe pour y comparer les résultats, ce qui suppose une institution qui le maintienne.

Cherry Pie et cadre légal français
La lignée décrite ici est riche en THC et relève en France de la législation sur les stupéfiants, ce qui exclut toute vente au public. Sa place dans ces pages est celle d’une filiation documentée, rien de plus.
Le chanvre industriel constitue la seule base légale en France : ses variétés sont inscrites au catalogue commun européen et leur teneur en THC ne dépasse pas 0,3 %. Les fleurs proposées par Justbob viennent de la filière européenne, principalement de France, d’Espagne et d’Italie.
La différence est justement celle qui traverse cet article. Une variété inscrite possède une description officielle établie en essais, et son maintien en conformité incombe à un responsable identifié, ce qui donne des points de comparaison qu’une dénomination de catalogue n’offre pas.
Chez Justbob, ce sont les variétés de la sélection Fleurs CBD qui répondent à ce cadre.
La gamme Fleurs Boost constitue l’autre entrée du catalogue, avec des profils aromatiques distincts.
Questions fréquentes sur la Cherry Pie
Deux plantes portant ce nom sont-elles forcément identiques ?
Rien ne l’impose. Une dénomination commerciale n’est pas déposée et ne s’accompagne d’aucune description opposable, si bien que deux vendeurs peuvent l’employer pour des matériels sans lien démontré. Le cas se rencontre d’autant plus facilement que le nom circule depuis longtemps et qu’il a été repris sur plusieurs continents. Comparer objectivement deux échantillons suppose une analyse génétique, pas la lecture de deux fiches.
Pourquoi les obtenteurs publient-ils ces généalogies ?
Parce qu’elles remplissent une fonction commerciale et une fonction technique. Elles situent un produit dans un ensemble déjà connu de l’acheteur, ce qui aide à le présenter, et elles gardent une trace du travail accompli, utile à l’obtenteur lui-même pour orienter ses croisements suivants. Rien de tout cela n’exige un document vérifiable par un tiers, et c’est précisément ce qui manque quand on cherche à remonter une filiation depuis l’extérieur.
Une analyse de laboratoire peut-elle confirmer les parents ?
Pas celle qui accompagne un lot commercial. Un rapport d’analyse porte sur la composition en cannabinoïdes et sur la conformité réglementaire : il décrit ce que contient le produit, à un instant donné. Identifier une ascendance relève d’une autre famille de méthodes, fondée sur la lecture de marqueurs du génome, et suppose normalement des matériels parentaux ou leurs profils enregistrés. À défaut, l’analyse peut écarter certaines hypothèses sans confirmer le croisement annoncé. Les deux démarches répondent donc à des questions différentes.
Qu’est-ce qu’un matériel de référence conservé ?
C’est un matériel témoin rattaché à une variété inscrite. Sa conservation n’incombe pas toujours au même acteur : le maintien de la variété revient au responsable désigné lors de l’inscription, tandis que les autorités et les organismes techniques peuvent conserver des échantillons officiels. En cas de doute sur un lot vendu sous ce nom, le contrôle mobilise selon les cas la description officielle, des essais, les documents de certification et, quand c’est pertinent, ces échantillons. L’essentiel est qu’il existe des points de comparaison extérieurs au vendeur, ce que le monde des dénominations commerciales n’offre pas.
Cette lignée a-t-elle un intérêt pour le chanvre légal ?
Pas comme variété cultivable : sa teneur en THC la place hors du cadre agricole européen, donc hors des cultures conformes. Cela ne signifie pas qu’un matériel de ce type soit inutilisable en sélection, puisqu’un programme encadré peut partir d’un parent hors seuil et retenir, dans les générations suivantes, des individus qui satisfont aux exigences réglementaires. En pratique, les travaux sur le chanvre conforme partent le plus souvent d’un matériel déjà situé sous le seuil, ce qui raccourcit le chemin. L’intérêt de cette histoire reste surtout documentaire : elle montre comment se construit, se transmet et se déforme une information généalogique hors de tout cadre officiel.








